Il fait parti des acteurs qui ont propulsé la communication dans le monde. Il s’agit d’Edgard Morin.
Edgar Nahoum dit Edgard Morin nait à Paris en 1921. Ses parents sont des Juifs originaires de Salonique de lointaine ascendance italienne3. Il grandit dans un environnement non pratiquant, sa famille étant « moderne et laïcisée depuis trois générations »3. Fils unique, il perd sa mère à dix ans, son père est commerçant. Edgar Morin durant un colloque à Rio de Janeiro (1972). En 1936, pendant la guerre d’Espagne, son premier acte politique est d’intégrer une organisation libertaire, « Solidarité internationale antifasciste », pour préparer des colis à destination de l’Espagne républicaine4,5. En 1938, il rejoint les rangs du Parti frontiste, petite formation de la gauche pacifiste et antifasciste. Il obtient une licence en histoire et géographie et une licence en droit (1942), et entre alors dans la Résistance communiste, en 1942, au sein des « forces unies de la jeunesse patriotique ». Il intègre ensuite le mouvement de Michel Cailliau, le MRPGD (Mouvement de résistance des prisonniers de guerre et déportés). En 1943, il est commandant dans les Forces françaises combattantes et est homologué comme lieutenant6. Son mouvement fusionne avec celui de François Mitterrand, il devient le MNPGD (Mouvement National des Prisonniers de Guerre et Déportés). Il adopte alors le pseudonyme de Morin, qu’il garde par la suite. Il devient attaché à l’état-major de la 1re Armée française en Allemagne (1945), puis chef du bureau « Propagande » au Gouvernement militaire français (1946). À la Libération, il écrit L’An zéro de l’Allemagne où il dresse un état des lieux de l’Allemagne, insistant sur l’état mental du peuple vaincu, en état de « somnambulisme », en proie à la faim et aux rumeurs. Ce livre arrive au moment du tournant communiste, où après la stigmatisation de la culpabilité allemande, Staline déclare qu’Hitler passe et que le peuple allemand reste. Maurice Thorez l’invite à écrire dans l’hebdomadaire Les Lettres françaises. Membre du Parti communiste français depuis 1941, il s’en éloigne à partir de 1949 et en est exclu en 1951, pour avoir écrit un article dans le journal France Observateur. « Ce fut comme un chagrin d’enfant, énorme et très court », dira-t-il. Avec l’appui de Maurice Merleau-Ponty, de Vladimir Jankélévitch et de Pierre George, il entre en 1950 au CNRS et fait partie du Centre d’études sociologiques dirigé par Georges Friedmann. En 1955, il est l’un des quatre animateurs du Comité contre la guerre d’Algérie. Il défend, en particulier, Messali Hadj. Contrairement à Jean-Paul Sartre, André Breton, Guy Debord ou encore ses amis Marguerite Duras et Dionys Mascolo, il ne signe pas la Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie, dite « Manifeste des 121 », publiée en septembre 1960 dans le journal Vérité-Liberté. Comme il pense que l’urgence est d’éviter l’installation de dictatures en France et en Algérie, il lance avec Claude Lefort, Maurice Merleau-Ponty et Roland Barthes un appel pour l’urgence de négociations. En 1965, il conduit une étude transdisciplinaire, au sein d’une vaste recherche de la DGRST, mobilisant de multiples disciplines, sur une commune en Bretagne, publiée sous le nom de La Métamorphose de Plodémet (1967), sur la commune de Plozévet (Finistère) où il séjourne près d’un an. Ce fut un des premiers essais d’ethnologie dans la société française contemporaine. Il s’intéresse très vite aux pratiques culturelles, qui sont encore émergentes et mal considérées par les intellectuels : L’Esprit du temps (1960), La Rumeur d’Orléans (1969). Il cofonde la revue Arguments en 1956. Il dirige le CECMAS (Centre d’études des communications de masse) de 1973 à 1989, qui publie des recherches sur la télévision, la chanson dans la revue Communications. Durant les années 1960, il part près de deux ans en Amérique latine où il enseigne à la Faculté latino-américaine des Sciences sociales de Santiago du Chili. En 1969, il est invité à l’Institut Salk de San Diego.

Il y retrouve Jacques Monod, l’auteur du Hasard et la Nécessité et conçoit les fondements de la pensée complexe et de ce qui deviendra sa Méthode. Directeur de recherche émérite au CNRS depuis 1993, Edgar Morin est docteur honoris causa de plusieurs universités à travers le monde7. Son travail exerce une forte influence sur la réflexion contemporaine, notamment dans le monde méditerranéen et en Amérique latine, et jusqu’en Chine, Corée, Japon. Il a créé et préside l’Association pour la pensée complexe (APC). Morin a écrit plusieurs ouvrages revenant sur son passé, dont Autocritique en 1959, Vidal et les siens en 1989, Itinérance en 2006 et Mon chemin en 2008. Depuis 2012, il est marié à la sociologue Sabah Abouessalam8, avec qui il a rédigé le livre L’homme est faible devant la femme (Presses de la Renaissance, 2013).

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